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Pour beaucoup de Juifs, l’étude de la Torah est assimilée à un rituel proche de celui de la prière. Dans la plupart des édifices communautaires juifs une pièce est consacrée au beth midrash ou « maison d’étude ». De nombreux Juifs réservent une partie de leur journée ou de leur semaine à l’étude de la Torah. Cette étude commence avec la récitation d’une prière pour remercier Dieu de « nous avoir ordonné de nous consacrer aux préceptes de la Torah », et d’une autre pour demander à Dieu de nous permettre, nous et nos descendants, de nous délecter de la connaissance de Dieu à travers l’étude. Le Talmud cite même des prières particulières à prononcer en entrant dans le beth midrash et en le quittant.
Mais l’étude juive ne consiste pas en une simple intégration du savoir. Elle exige qu’un dialogue s’instaure entre les étudiants, et entre les étudiants et le texte. Ce modèle d’étude dialogique est exemplifié par la mise en page habituelle de nombreux textes. En général, le texte qui est au centre de la discussion - par exemple un extrait du Talmud, de la Bible, du midrash ou une loi codifiée - est aussi placé au centre de la page, alors qu’il est encadré d’au moins deux niveaux de commentaires : un commentaire (ou plusieurs) sur le texte même, et parfois des ajouts plus tardifs, des sortes de « commentaires de commentaires ».
C’est ainsi qu’une page du Talmud de Babylone comprend le commentaire de Rashi (Rabbi Shlomo ben Ytshak), rabbin réputé du XIe siècle et l’un des commentateurs les plus éminents du Talmud, et les commentaires de ses petits-fils, appelés les Ba’alé Tossafot ou plus communément les Tossafot (« additions »). Alors que Rashi est surtout intéressé à clarifier la partie du texte dont il traite, les Tossafot tentent de réconcilier différentes parties du Talmud. Dans le cours du débat, ils n’hésitent pas, parfois, à remettre en question les explications de Rashi. A leur tour des commentateurs plus tardifs développent ou contredisent les Tossafot.
L’étude juive traditionnelle met donc l’accent sur le dialogue et le désaccord. Les Juifs étudient le plus souvent en havrouta (étude en commun), quand chaque membre du groupe défie l’autre en lui posant des questions. Quiconque traverse un beth midrash est frappé par le niveau de bruit : les havroutot (pluriel de havrouta) lisent les textes à voix haute et bien souvent, le ton monte entre les étudiants lorsque les discussions se font plus âpres.
La place qu’occupent le Talmud et les codes de loi dans le programme d’étude d’une yéshiva (école) traditionnelle reflète l’importance accordée à la halakha (la loi juive) dans le savoir juif. L’étude de la Bible et des midrash était pendant des centaines d’années considérée comme le domaine des femmes, et non comme le terrain d’élection des étudiants exclusivement masculins d’une yeshiva. Aujourd’hui, alors que les frontières de la science du judaïsme se sont élargies, alors que les femmes comme les hommes ont gagné l’accès à des domaines de connaissance qui étaient réservés aux uns ou aux autres, les paramètres de l’étude de la Torah incorporent tous les types de textes classiques, aussi bien que l’étude de la philosophie, de la littérature ou d’ouvrages non légaux.
Indépendemment de ce que chacun choisit d’étudier, le principe du questionnement et du dialogue reste à la base du talmud Torah, l’étude des textes sacrés. Il est bien sûr possible d’étudier seul, mais il est certain qu’étudier avec un partenaire ou en groupe facilite le processus de questionnement.
En découvrant un texte, la première étape consiste à comprendre le sens littéral, le pshat : qu’est-ce que ce texte pouvait signifier dans le contexte de sa première énonciation ? Qu’est-ce que chaque mot signifie ? Pourquoi certains mots ou certaines phrases sont utilisés plutôt que d’autres ?
Passé ce premier déchiffrement, on peut alors se poser des questions sur le sens du texte dans son rapport à d’autres textes : il y a-t-il des sens cachés ? Pourquoi le texte s’exprime-t-il de telle façon ? Dans quelle mesure reflète-t-il nos propres croyances et valeurs, et dans quelle mesure les remet-il en question ? Qu’y trouve-t-on de problématique, qui pose un défi à l’intelligence ? Comment se texte se place-t-il par rapport à d’autres textes juifs, ou par rapport à des pratiques contemporaines du judaïsme ?
Poser ce type de questions conduit rarement à trouver des réponses tranchées et définitives, mais cela contribue sans aucun doutes à approfondir la compréhension du texte, pour soi et pour ses compagnons d’étude. Finalement, c’est cette démarche de questionnement et de dialogue qui caractérise le mieux l’étude de la Torah et la distingue des autres formes d’étude.
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